ARYM, Macédoine ou Macédoine du Nord ?

La Macédoine du Nord a longtemps entretenu un conflit avec la Grèce, né lors de son indépendance en 1991. Le problème était le nom du pays : la Grèce n’acceptait pas qu’un autre Etat utilise le nom de « Macédoine ». Pourtant, la région qui correspond à la Macédoine du Nord actuelle n’avait jamais eu d’autre nom, et il était impensable pour les Macédoniens d’appeler leur Etat autrement.

Ancien drapeau
L’ancien drapeau macédonien.

Le conflit a culminé au début des années 1990, lorsque la Grèce a carrément bloqué sa frontière avec la Macédoine, coupant le pays d’une voie primordiale pour ses exportations. Le blocus a été levé en 1995, lorsque la Macédoine a changé de drapeau. Le précédent représentait un soleil découvert sur le tombeau de Philippe II de Macédoine. Ce soleil a fait place à un autre, dessiné différemment.

ARYM

Après le changement de drapeau, la Grèce a continué à manifester son mécontement à propos du nom du pays.

Macédoine grecque
Le drapeau de la Macédoine grecque.

L’ONU a en partie apaisé le conflit puisqu’elle a suggéré à la Macédoine de se faire appeler « Ancienne République yougoslave de Macédoine » sur la scène internationale. L’acronyme, couramment utilisé, est ARYM en français et FYROM en anglais. L’appellation « République de Macédoine » était cependant la seule utilisée au sein du pays. Les Macédoniens considéraient les termes ARYM ou FYROM comme insultants.

Effets sur la Macédoine

Le conflit autour du nom a eu des conséquences assez pénibles pour les Macédoniens. Alors qu’ils ont évité la guerre en quittant la Yougoslavie, ils ont subi un long blocus économique qui les a presque conduits à la faillite.

De 1995 à 2019, les relations économiques avec la Grèce sont redevenues fructueuses, mais le conflit a pourri lentement le développement macédonien.

Jusqu’en 2019, la Grèce a bloqué systématiquement les négociations en vue de l’adhésion macédonienne à l’Union européenne et à l’OTAN. Le pays est candidat à l’UE depuis 2005. Au départ, les Macédoniens étaient assez europhiles et attendaient impatiemment l’adhésion. Celle-ci apporterait des perspectives économiques et ferait de la Macédoine un pays pleinement reconnu sur la scène internationale.

Au bout de plusieurs années, toute perspective d’adhésion a plus ou moins disparu et les Macédoniens sont devenus désabusés. Le nationalisme a plutôt profité de la position intangible de la Grèce et il n’a rien arrangé au conflit car les Macédoniens étaient plus décidés que jamais à s’approprier l’héritage de la Macédoine antique.

Résolution

Le changement de majorité en 2016 a signifié l’arrivée au pouvoir de la SDSM, parti social-démocrate modéré. Celui-ci a effectué un virage total par rapport à la majorité sortante, dirigée par les nationalistes de la VMRO-DPMNE. L’objectif premier du nouveau gouvernement était l’adhésion à l’UE et à l’OTAN, et le changement de nom était perçu comme une décision pénible mais nécessaire. Dans le camp opposé, les choses avaient également changé, puisque la Grèce était désormais dirigée par la gauche. L’accord de Prespa, signé avec la Grèce en 2019, a définitivement clôt la querelle. Désormais, la Grèce de Tsipras soutient les candidatures macédoniennes à l’OTAN et à l’UE, et la Macédoine adopte le nouveau nom de « Macédoine du Nord ».

Cependant, ce changement de nom a largement crispé la classe politique nationaliste, qui le refuse totalement. Le nouveau nom n’est d’ailleurs considéré que comme un simple « nom constitutionnel » en Macédoine du Nord, et la population continue de se référer au simple nom de « Macédoine ». En Grèce, une grande majorité de la population est contre l’accord de Prespa.

Pour l’anecdote, l’accord de Prespa a été signé sur la rive grecque du lac, à Psarades, mais ensuite, les signataires sont allés déjeuner à Oteševo sur la rive macédonienne. C’était la première fois depuis l’indépendance qu’un premier ministre grec mettait les pieds en Macédoine du Nord !

Raisons

Le problème est assez complexe parce que la Macédoine du Nord et la Grèce n’ont pas la même vision des choses.

Pour la Macédoine du Nord :

Grande Macédoine
La Macédoine géographique répartie sur plusieurs pays.

– Le nom « Macédoine » est le seul qu’elle a jamais eu.

– Le royaume antique de Macédoine est né en terre grecque, mais le territoire de la Macédoine actuelle en a fait partie, assez brièvement certes (358-168 av. JC).

– L’ethnicité des Macédoniens antiques n’est pas clairement établie, ils n’étaient peut-être pas grecs.

– La Macédoine est un pays slave, mais les Slaves arrivés au début du Moyen-Age se sont mélangés avec les populations antiques déjà existantes.

– Le terme « Macédoine » désigne depuis le Moyen-Age une zone géographique s’étalant au sud des Balkans, sans forcément faire référence au royaume antique. Cette zone comprend la Macédoine, la Macédoine grecque et une partie de la Bulgarie et de l’Albanie.

– La Macédoine grecque n’a été rattachée à la Grèce qu’en 1912. Avant les déplacements de population qui ont eu lieu après cette date, elle comptait plus de Slaves que de Grecs (320.000 Slaves et 240.000 Grecs). Les Grecs étaient aussi dépassés en nombre par les Turcs (290.000).

– La Grèce a pratiqué un nettoyage ethnique en Macédoine grecque. Autour de 50.000 Slaves partent pour la Bulgarie en 1912, ils sont remplacés par 25.000 Grecs. Puis presque un million de Grecs venus de Turquie remplacent les Turcs en 1922. Dans les années 1920, l’usage de la langue slave dans la rue est pratiquement interdit par la loi. Plus tard, presque 25.000 Slaves quittent la Macédoine grecque après la guerre civile de 1946-49.

– La Grèce ne respecte pas ses minorités. Les Slaves vivant encore en Macédoine grecque n’ont pas de droits linguistiques ou culturels leur permettant de valoriser et protéger leur culture. Leur nombre est estimé entre 50.000 et 250.000 aujourd’hui.

Pour la Grèce :

– La République de Macédoine ne doit pas monopoliser le terme « Macédoine ». Le nom de « Macédoine du Nord », qui implique un qualificatif, contente la Grèce, qui était aussi d’accord avec « Haute-Macédoine », « Macédoine du Vardar », « Macédoine-Skopje », « Slavomacédoine »…

– Le nom seul de « Macédoine » ne revient qu’à la Macédoine grecque, qui est le berceau de la Macédoine antique.

– Les habitants de la Macédoine grecque ont un fort sentiment régional et sont très attachés au terme « Macédoine ». Ils se considèrent comme le seul groupe à pouvoir s’appeler « Macédoniens ».

– La Macédoine grecque représente plus de la moitié de la région géographique de Macédoine (51 % contre 38 % pour la République de Macédoine).

– Les historiens grecs considèrent que les Macédoniens antiques parlaient grec et étaient de culture grecque.

– La Grèce soutient qu’il n’y a pas de minorité slave en Macédoine grecque, mais seulement quelques personnes parlant autant un dialecte slave que le grec et étant de culture grecque.

– Les Grecs considèrent que la Macédoine slave est une invention de Tito. Celui-ci aurait voulu s’en servir pour prétendre à l’annexion de la Macédoine grecque et ainsi avoir un débouché sur l’Egée.

– Beaucoup de Slaves de la Macédoine grecque étaient dans les rangs communistes pendant la guerre civile de 1946-1949. Ils souhaitaient la création d’une Grande Macédoine au sein d’une fédération socialiste balkanique. Celle-ci aurait réuni les républiques yougoslaves, l’Albanie, la Grèce, la Bulgarie…

– Certains Grecs pensent que la République de Macédoine veut annexer la Macédoine grecque. Ce sentiment n’est pas fondé sur la réalité car les autorités macédoniennes n’ont bien sûr aucune prétention sur la région grecque. Il est cependant vrai qu’une minorité extrémiste macédonienne souhaite la création d’une Grande Macédoine.


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Voir aussi :

La Macédoine en 15 dates

La Macédoine antique

Politique en Macédoine