Les fresques

Fresque de Staro Nagoričane.

Fresque de Staro Nagoričane.

Les fresques sont omniprésentes en Macédoine. On en trouve dans toutes les églises. Datant principalement du Moyen-Age, elles constituent un patrimoine d’une richesse incroyable. Elles ont pourtant traversé mille et une péripéties : badigeons ottomans lorsque des églises ont été converties en mosquées, tremblements de terre, humidité…

Une telle quantité de fresques peut cependant laisser perplexe. Cet art religieux est très codifié et il est souvent difficile de comprendre ou d’apprécier des œuvres à leur juste valeur.

Technique

Fresque de Staro Nagoričane.

Fresque de Staro Nagoričane.

Les fresques sont des peintures murales sur enduit. Un enduit à la chaux est apposé sur le mur puis il est peint alors qu’il est frais. Cela permet aux couleurs d’imprégner la matière et de durer très longtemps.

Pendant le séchage, le calcin contenu dans l’enduit remonte à la surface et forme une couche protectrice.

Notre-Dame-Périvleptos.

Notre-Dame-Périvleptos.

Les couleurs sont obtenues avec des pigments naturels. Ils sont mélangés à de l’eau de chaux avant application, celle-ci fait office de liant.

L’eau de chaux ne fonctionne pas avec tous les pigments et ceux utilisés pour les fresques ne sont pas toujours les mêmes que pour la peinture classique.

Étant donné que le temps de séchage de l’enduit est relativement court, les artistes ont peu de temps devant eux et doivent montrer une grande dextérité. Il n’est pas possible de corriger un trait.

Débuts

Les fresques sont apparues en Macédoine à l’époque romaine. Les plus vieilles fresques du pays ont été retrouvées dans les ruines de la basilique de Stobi (IV-Vèmes).

Il faut ensuite attendre le XIème siècle pour que la production de fresques devienne significative. En effet, la Macédoine a été envahie par les Slaves, païens jusqu’au IXème siècle, et toute représentation religieuse est interdite par Byzance entre 730 et 787 puis 813 et 843 (Iconoclasme).

Style monumental (X-XIIe)

Ste Sophie

Fresque de Ste-Sophie d’Ohrid.

Après le second iconoclasme, les autorités byzantines promeuvent largement la fresque comme support religieux. Elle est plus simple à produire que la mosaïque, qui avait été privilégiée avant les Iconoclasmes, et elle permet une plus grande liberté dans les représentations. Contrairement à la mosaïque qui présente un expressionnisme cru, la fresque fonctionne sur un rythme calme et linéaire.

Kurbinovo

Kurbinovo.

L’Eglise byzantine définit assez strictement les règles de représentation : solennité, pas de détails secondaires, tendance à l’abstraction pour atteindre un caractère spirituel fort. Les sujets représentés sont des scènes religieuses importantes, facilement identifiables par les fidèles. Ce type de fresque est dit « monumental », elles se limitent à l’essentiel.

A partir du Xème siècle, le caractère spirituel des fresques atteint un niveau assez poussé. L’art byzantin ne recherche plus la perfection esthétique antique, mais tend à s’évader du monde matériel. Cela fait écho à une pratique religieuse de plus en plus mystique, voire ascétique.

Fresque de Nerezi.

Fresque de Nerezi.

La forme concrète n’est que l’évocation du monde réel et la fresque joue un rôle de passerelle entre le sensoriel et le spirituel. Sur les fresques, cela se traduit par des personnages aux traits ascétiques et sévères, des décors schématiques et un usage limité des couleurs.

La Macédoine possède plusieurs exemples caractéristiques de cette période, notamment à Sainte-Sophie d’Ohrid, Veljusa et Vodoča, dont les fresques datent du XIème siècle. Le XIIème siècle est assez prolifique, avec par exemple les fresques de Nerezi, dont les sujets dégagent une émotion profonde.

Style volumétrique (XIII-XIVe)

Ohrid

Dormition de la Vierge à Notre-Dame-Périvleptos d’Ohrid.

Au XIIIème siècle, la tradition des siècles précédents est continuée, mais un nouveau courant apparaît. Il donne d’avantage d’importance aux volumes. Ce courant s’inscrit dans la Renaissance paléologue, période artistique faste pour les Byzantins.

Les artistes, qui avaient jusqu’alors négligé les décors, considérés comme accessoires, commencent à les prendre en considération. Les paysages, les bâtiments et les personnages doivent désormais former un tout cohérent et indivisible. L’image doit avoir une unité optique.

Ohrid

Christ Pantocrator à Notre-Dame Périvleptos.

Le style volumétrique s’intéresse particulièrement à la troisième dimension. Les décors deviennent des représentations architecturales complexes, les paysages gagnent en profondeur et les vêtements des personnages, autrefois droits et réguliers, deviennent légers, soumis au souffle du vent. La palette de couleurs devient plus importante.

Lesnovo

Le Zodiaque à Lesnovo.

Avec le style volumétrique, les peintres essaient d’envelopper le fidèle avec les fresques. Elles occupent toutes les surfaces disponibles de l’église, essayant parfois de masquer la structure architecturale. Les scènes se succèdent en se superposant, ou en étant délimitées par des cadres. Les fresques donnent aux églises un caractère intime.

Varos

Varoš.

Les scènes représentées sont très variées. Parfois, les peintres choisissent des allégories assez obscures. Le tout a un caractère dramatique, rompant avec la solennité du style monumental.

En Macédoine, ce style ne se développe pleinement qu’à la fin du XIIIème siècle, après la conquête serbe. Les Serbes ont construit de nombreuses églises en Macédoine et la plupart des fresques volumétriques ont été peintes dans ces nouveaux édifices. On trouve ce style dans plusieurs églises d’Ohrid, notamment Notre-Dame-Périvleptos, à Varoš près de Prilep, à Saint-Nicétas de Banjane, à Staro Nagoričane, à Lesnovo… L’église Saint-Jean de Kaneo est une des rares églises antérieures à avoir été repeinte à cette époque.

Après le Moyen-Age

Fresque du XIXe à Kratovo.

Fresque du XIXe à Kratovo.

Les Ottomans envahissent la Macédoine à la fin du XIVème siècle. La plupart des peintres locaux trouvent refuge au nord, principalement en Serbie. La production de fresques disparaît presque. Elle connaît un renouveau au XIXème, lorsque de nouvelles églises sont construites.

Les fresques du XIXème siècle montrent des influences multiples : Byzance, mais aussi la Russie, qui est alors la grande puissance orthodoxe, et l’Occident. Les artistes de l’époque maintiennent aussi des liens importants avec d’autres régions de la future Yougoslavie, notamment la Voïvodine en Serbie.

Fresque du monastère d'Osogovo.

Fresque du monastère d’Osogovo.

Les fresques de cette période sont assez composites, voire hétéroclites. Les artistes n’ont pas la dextérité des maîtres médiévaux. Quelquefois, le résultat est assez naïf et il évoque les fresques mexicaines et sud-américaines. Cela est notamment le cas au monastère d’Osogovo.

Les fresques du XXème siècle ont reçu des apports de l’art moderne, notamment du courant expressionniste, mais elles se sont surtout cantonnées à un style assez consensuel. Les couleurs sont vives, traitées par aplats, les personnages ont des traits fixes, et les scènes représentées sont très basiques. La fresque devient un décor plutôt qu’un support à l’élévation spirituelle du fidèle.

Yeux grattés

NagorichaneLes personnages des fresques médiévales ont souvent les yeux grattés. Une croyance populaire raconte que ce sont les Turcs qui ont effacé ces yeux parce qu’ils étaient terrifiés par le regard des Saints. Toute représentation humaine ou sacrée est interdite par l’Islam.

Une autre explication avance qu’autrefois, les gens pensaient que les yeux des fresques pouvaient guérir des maladies, notamment la cécité. Des personnes atteintes aux yeux auraient donc gratté la peinture pour se soigner avec. Cela aurait été pratiqué par des Macédoniens orthodoxes et par des Albanais musulmans, qui croient parfois aux miracles reliés aux églises et aux reliques.

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Voir aussi :

Architecture religieuse en Macédoine

Les maisons macédoniennes

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