Čair, Topaana et Gazi Baba

Cette page regroupe les quartiers situés dans le nord de Skopje. Čair est situé immédiatement au bout du Vieux bazar, et il en constitue un prolongement. Les amateurs d’architecture ottomane et islamique y trouveront quelques curiosités suplémentaires à se mettre sous la dent. Čair est bordé à l’ouest par le vieux quartier tsigane de Topaana, tandis qu’à l’est s’étend l’un des poumons verts de la ville : la forêt de Gazi Baba.

Plan Cair

Čair

KebirMehmed Celebi
La mosquée Kemir Mehmed Čelebi.

Čair (« tchaïr ») est le nom de la municipalité qui couvre une bonne part du Vieux bazar ainsi que tous les vieux quartiers situés plus au nord. Elle est peuplée principalement d’Albanais, et aussi de Turcs et de Roms. Ceci en fait le principal « arrondissement » musulman de Skopje. Le nom du quartier désignerait une prairie entourée d’arbres, ou bien il proviendrait du nom d’un propriétaire ottoman. Čair correspond grosso-modo à la ville ancienne ottomane, dans ses limites du XIXème siècle.

En effet, celle-ci ne se limitait pas qu’au Vieux bazar, qui en était en fait l’hypercentre historique et économique. La ville s’étendait au delà sur plus de deux kilomètres, en direction du nord. Au XVIIème siècle, lors de son âge d’or ottoman, Skopje a compté jusqu’à 60.000 habitants, et elle devait donc couvrir une surface conséquente.

Cimetière Rifai Teke
Le petit cimetière du Rifai Teke.

Malheureusement, la ville ancienne n’a pas été épargnée par l’histoire. Tout d’abord, elle a été détruite par un terrible incendie en 1689 (ce n’est qu’au XIXème siècle que la ville renouera avec la croissance). Ensuite, les quartiers nord ont été durement touchés par le tremblement de terre de 1963. Il faut dire que les maisons traditionnelles, construites en bois, torchis et brique, étaient plutôt fragiles. Ensuite, si ces quartiers ont échappé aux grands plans d’urbanisme de la reconstruction, ils ont été éventrés par le percement des grands boulevards Nikola Karev et Krste Misirkov. Enfin, bien qu’ils aient conservé leur physionomie globale, avec des constructions basses et des rues étroites et irrégulières, ces quartiers offrent un visage plutôt récent, fait de petits immeubles inachevés, et de taudis aux toits en tôle. Cette partie de la ville était autrefois traversée par une petite rivière, la Serava, qui a longtemps fourni l’eau nécessaire aux nombreuses tanneries (Skopje était autrefois renommée pour son cuir). Considérée comme insalubre, elle a été déviée après 1963.

yahya pasha
Entrée de Jaja Paša.

Malgré les vicissitudes de l’histoire, on trouve encore quelques vestiges de l’époque ottomane, surtout des mosquées. Beaucoup ont été rénovées voire reconstruites ces dernières années, avec l’aide de pays musulmans comme la Turquie ou les Emirats. Le patrimoine local, lié à l’Islam et à l’occupation ottomane, n’est pas valorisé du tout par les autorités macédoniennes, et malheureusement, des monuments historiques sont encore régulièrement saccagés, soit parce qu’ils sont simplement démolis, soit parce qu’ils sont sur-rénovés et transformés sans aucun respect. Čair n’est pas un quartier touristique du tout, et les visiteurs peuvent y être dévisagés avec curiosité ou suspicion. Néanmoins, contrairement à ce que les Macédoniens pourront vous dire, il ne s’agit pas d’un endroit plus dangereux que le reste de la ville.

La mosquée la plus intéressante de cette partie de la ville est Jaja Paša, déjà mentionnée sur la page du Vieux bazar. Elle porte le nom de son fondateur, un dignitaire ottoman nommé Yahya Pasha. Bien qu’elle soit de loin la plus grande du quartier, elle est assez représentative des mosquées anciennes de Čair. En effet, comme beaucoup d’autres, elle était autrefois coiffée d’un dôme, détruit par l’incendie de 1689. Elle a ensuite été restaurée mais la coupole en pierre a fait place à un toit en charpente plus économique.

Rifai teke
Rifai Teke.

De l’autre côté de la rue Cvetan Dimov, sur la petite rue Čairska, il y a la mosquée Hatundžuk, qui remonte au XVIème siècle. Elle a été fondée par une certaine Hatun, fille de Yahya Pasha. A l’angle de Čairska et 7-ta Albanska Brigada, le bâtiment bas et blanc renferme Rifai Teke, un tekke de derviches. Il appartient à l’ordre des Rifa’i et il a été fondé en 1818. L’inscription en turc à l’entrée annonce : « Si vous ne voulez pas être mordu par des serpents venimeux dans les deux mondes, entrez ! ». Dans la même zone, sur la rue Čelopek, il y a la mosquée Kara Kapudži-baši, également connue sous le nom de Hadži-Kjazim. Bien qu’elle remonte au moins au XVIème siècle, elle a été très dénaturée.

Tutunsuz
La mosquée Tutunsuz au début du XXème siècle.

Tout à l’est des vieux quartiers, au pied de la colline de Gazi Baba, se trouve la mosquée Tutunsuz (rue Ordan Čopela). Elle daterait du XVIIème siècle et son nom est assez curieux (« tutun » signifie tabac en macédonien et en turc). Ce nom rappelerait qu’elle aurait été fondée par un homme qui aurait arrêté de fumer, et qui aurait utilisé l’argent ainsi économisé pour la faire construire. Un peu hors du quartier, derrière le campus de l’université, se cache l’une des mosquées les plus anciennes de Skopje. Il s’agit de Kemir Mehmed Čelebi, une mosquée charmante et entourée d’un petit jardin. Elle aurait été construite en 1469. L’incendie de 1689 a détruit la coupole. Le sommet du minaret n’est pas d’origine.

 

Topaana

Topaana est un petit quartier situé tout à l’ouest de Čair, entre le boulevard Nikola Karev et la rue Kosovska Brigada. C’est le plus vieux quartier tsigane de Skopje, il existe au moins depuis le XIVe siècle. Il abritait alors des Roms qui y fabriquaient de la poudre à canon, un matériau qui était absolument nécessaire aux Ottomans qui venaient de prendre le contrôle des Balkans (en turc ‘topa’ désigne une balle ou un canon). Topaana a été dévasté par le tremblement de terre de 1963, et une bonne partie de sa population a été relogée à Šutka, quartier moderne construit pour les Roms tout au nord de la ville.

Topaana occupe un espace très restreint mais compte encore entre 3000 et 5000 habitants. Le quartier est totalement marginalisé, et même si le reste de Čair présente un visage pauvre et désordonné, Topaana est pratiquement un bidonville. Les taudis passent d’une génération à l’autre (les Roms, contrairement à une idée répandue, ne sont pas nomades mais sédentaires).

Topaana attire souvent les visiteurs amateurs de la culture rom, mais le visiteur lambda s’y sentira vite mal à l’aise face à la misère ambiante. Il ne s’agit pas d’un quartier particulièrement dangereux.

 

Gazi Baba

gazi baba (2)La forêt de Gazi Baba couvre une colline qui s’étend à l’est des quartiers nord. Avec le Gradski Park, c’est l’un des plus grands espaces verts de Skopje. Il est nettement moins connu et fréquenté que le Gradski Park, et il est aussi plus sauvage. Il s’agit d’un véritable bois, avec de beaux arbres et des jolies vues sur la ville et le Vodno. Un parcours de santé a été aménagé, avec diverses installations en bois.

Turbe Gazi BabaLa forêt doit son au mausolée, ou türbe, qui s’y trouve. Il renferme le corps du poète et dignitaire ottoman Aşık Çelebi. Gazi Baba, qui signifie « père guerrier » ou « père vétéran » en turc, est un surnom que le poète aurait porté. Il est mort à Skopje en 1572 et après sa mort, les locaux lui ont voué une sorte de culte. Son mausolée, construit en hauteur et visible de toute la ville, était éclairé toutes les nuits. Il se trouvait alors au milieu d’un grand cimetière musulman et les locaux s’y rendaient régulièrement. Détruit par le séisme de 1963, le mausolée n’a été reconstruit qu’il y a quelques années.

Turbe de Kral K'z'Un autre mausolée est visible à l’entrée sud de la forêt, sur la rue Arhimedova. De plan carré, il a également été restauré récemment. Ce mausolée est encore plus mystérieux que celui de Gazi Baba. Il contiendrait les restes d’une femme, peut-être de la princesse Katerina, fille du roi de Bosnie Stefan Tomašević, qui aurait vécu à Skopje après l’invasion ottomane. Grâce à cette légende, le mausolée était tout autant visité par les Musulmans que les Chrétiens. En turc, ce mausolée s’appelle « Kral Kızı Türbe », soit le mausolée de la fille du roi.

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Voir aussi :

Vieux bazar de Skopje

Forteresse de Skopje

Centre-ville de Skopje

Musées de Skopje